Hernies et éventrations de l’abdomen
Opération de la hernie, ombilicale, crurale, éventrations : techniques cœlioscopiques (TAPP, TEP) et abord direct (Lichtenstein, Rives-Stoppa).

L’opération de la hernie compte parmi les actes les plus pratiqués en chirurgie viscérale. En effet, Les hernies et éventrations, bien que distinctes dans leur nature et leur origine, représentent des pathologies fréquentes qui affectent un large spectre de la population. Une opération de la hernie peut être indiquée. Ce sont des affections qui se manifestent par une protrusion anormale de tissus ou d’organes à travers un orifice naturel ou acquis dans la paroi abdominale.
Cette page vise à éclairer les patients sur ces conditions, en offrant un aperçu détaillé des hernies et éventrations, de leur impact sur la qualité de vie et de la manière dont elles sont diagnostiquées et traitées. Les recommandations européennes (European Hernia Society) et françaises (FCVD) servent de cadre à la prise en charge proposée.
Définitions
Qu’est-ce qu’une hernie ?
Il s’agit d’une protrusion d’éléments intra-abdominaux recouverts de péritoine, généralement du tissu adipeux ou de l’intestin, à travers un point de faiblesse inné de la paroi abdominale. Le défect aponévrotique est appelé collet. La cavité tapissée de péritoine constituant la hernie est appelée sac herniaire.
Qu’est-ce qu’une éventration ?
C’est le même principe que la hernie, à savoir une protrusion d’éléments à travers la paroi mais cette fois-ci, le défect se situe au niveau d’un point de faiblesse acquis de la paroi. Il s’agit le plus souvent d’une cicatrice chirurgicale, stigmate d’une intervention ancienne. Ce défect est également nommé collet et la cavité tapissée de péritoine est le sac d’éventration.
Anatomie de la paroi abdominale
La paroi abdominale n’est pas seulement essentielle pour protéger les organes internes et soutenir le squelette, mais elle joue aussi un rôle crucial dans des fonctions telles que la respiration, les mouvements du corps et la posture. Sa résistance et sa flexibilité sont donc vitales pour le bien-être et la mobilité de l’individu. De la superficie vers la profondeur, on retrouve :
La peau et la graisse sous-cutanée
Elles ont un rôle d’étanchéité, de protection thermique et de stockage d’énergie.
Les muscles et les aponévroses
Ils ont un rôle de protection et sont primordiaux pour maintenir la posture et accompagner les mouvements du corps. Ils sont intimement entourés par les aponévroses, qui sont le réel et unique élément solide de la paroi. C’est au détriment des zones de faiblesse de l’aponévrose que se développent les hernies et les éventrations. Au milieu de l’abdomen, la jonction des aponévroses des muscles abdominaux est appelée ligne blanche.
Le fascia transversalis
Il s’agit d’une couche de tissu conjonctif située sous les muscles abdominaux, séparant les muscles de la cavité abdominale interne.
Le péritoine
C’est la membrane séreuse qui tapisse la cavité abdominale et recouvre la plupart des organes abdominaux. Il est constitué de deux parties : le péritoine pariétal (qui tapisse la paroi abdominale) et le péritoine viscéral (qui enveloppe les organes).

Localisation des hernies (inguinale, ombilicale, crurale)
La localisation des éventrations dépend des cicatrices chirurgicales. En revanche, de par leur caractère inné, les hernies se développent aux dépens des mêmes points de faiblesse dont voici les principales localisations.
La hernie inguinale
La hernie inguinale est un type très courant de hernie qui survient lorsque le contenu de la cavité abdominale passe à travers une zone faible située au pli de l’aine. Cette pathologie est plus fréquente chez les hommes en raison de la structure anatomique de l’aine. Les hernies inguinales peuvent être indirectes, passant par le canal inguinal, ou directes, émergeant à travers une zone faible de la paroi abdominale.
La hernie crurale
La hernie crurale, également connue sous le nom de hernie fémorale, est un type de hernie qui se forme dans la région de l’aine, plus précisément dans le canal fémoral, une zone située juste en dessous de l’aine. Bien que moins commune, elle présente un risque de strangulation plus élevé : si l’apport en sang vers le tissu hernié est coupé, nécessitant souvent un traitement chirurgical en urgence.
La hernie ombilicale
La hernie ombilicale est un type courant de hernie qui se forme au niveau de l’ombilic. Les hernies ombilicales sont plus fréquentes chez les nourrissons, en raison d’un défaut de fermeture de l’ouverture normalement présente dans les muscles abdominaux du fœtus. Chez les adultes, elles peuvent résulter de la pression intra-abdominale accrue due à la grossesse, à l’obésité, à la toux chronique, à la constipation ou à l’alcoolisme chronique.
La hernie de la ligne blanche
La hernie de la ligne blanche, également connue sous le nom de hernie épigastrique, se forme le long de la ligne blanche. Bien qu’elle puisse apparaître à n’importe quelle hauteur, elle se développe plutôt au niveau de la partie supérieure de l’abdomen, entre le sternum et le nombril.
La hernie de Spiegel
Enfin, la hernie de Spiegel, également appelée hernie ventrale latérale, est une forme beaucoup plus rare de hernie. Elle se produit lorsque les tissus font saillie à travers un point faible situé au niveau de la ligne semi-lunaire de Spiegel. Cette ligne est située sur le côté de la paroi abdominale, entre les muscles obliques internes et les muscles abdominaux externes. En raison de sa localisation rare, la hernie de Spiegel peut parfois être difficile à diagnostiquer.
Quels sont les symptômes des hernies et des éventrations ?
Indépendamment de leur localisation, les hernies et les éventrations non compliquées présentent des caractéristiques communes.
Les patients rapportent habituellement une tuméfaction sous la peau. Celle-ci est impulsive à la toux, ce qui signifie qu’elle est plus visible lorsque l’on tousse ou qu’on fait un effort. Elle est facile à réintroduire dans l’abdomen par des manœuvres simples ou par la position allongée. La plupart du temps, les hernies et les éventrations ne s’accompagnent pas de symptômes négatifs.
Toutefois, certains patients vont présenter une gêne voire une douleur au niveau de la tuméfaction. Cela peut survenir lors d’efforts ou à la station debout prolongée. La gêne peut se manifester également par une sensation de brûlures ou encore un gonflement de l’abdomen.
⚠️ Strangulation : urgence absolue. On parle de hernie ou d’éventration étranglée lorsque la tuméfaction se « coince et ne veut plus rentrer ». Dans ce cas, la protubérance est indurée, plus douloureuse, perd son impulsivité et surtout devient irréductible. La strangulation peut s’accompagner d’une occlusion intestinale pouvant aller jusqu’à la perforation. Il s’agit d’une urgence chirurgicale absolue.
Opération de la hernie : comment traiter les hernies et éventrations ?
Indication opératoire
L’indication opératoire repose sur la gêne fonctionnelle ressentie par le patient, le risque de strangulation et le souhait du patient. Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, certaines hernies peu symptomatiques peuvent faire l’objet d’une simple surveillance, tandis que d’autres (hernie crurale, hernie symptomatique, hernie incarcérée) imposent une prise en charge chirurgicale.
Technique opératoire
Le principe de l’intervention est de réduire le contenu herniaire ou d’éventration, de fermer le défect et de renforcer la paroi avec une prothèse. Il s’agit d’un « filet » en plastique non ressenti par le patient. Ce n’est pas ce filet en soi qui rend la paroi solide mais la colonisation de ses mailles par les tissus du patient.

L’intervention peut se réaliser par abord direct (technique de Lichtenstein pour la hernie inguinale, Rives-Stoppa pour les grosses éventrations) ou par voie cœlioscopique (TAPP, TEP) suivant les cas. Si la tuméfaction et le défect ne sont pas trop importants, l’opération peut s’organiser en ambulatoire dans la majorité des cas.
Complications possibles de l’opération de la hernie
La cure de hernie ou d’éventration avec pose de prothèse est généralement considérée comme une intervention sûre, mais comme pour toute chirurgie, elle comporte des risques et des complications possibles.
Infection de la prothèse
Bien que très rare, il y a un risque d’infection de la prothèse. Celle-ci étant un matériau synthétique, les antibiotiques ne sont en général pas suffisants. Une intervention chirurgicale pour retirer la prothèse peut être nécessaire.
Récidive
Le taux de récidive est faible avec les techniques modernes utilisant une prothèse adaptée et bien fixée. Les récidives surviennent surtout en cas d’effort post-opératoire prématuré ou de pathologie favorisante (toux chronique, surpoids).
Sérome ou hématome
Une collection de liquide (sérome) ou de sang (hématome) peut se former au niveau du site opératoire. Le plus souvent, elle se résorbe spontanément en quelques semaines.
Douleurs chroniques pariétales
Une minorité de patients peut présenter des douleurs chroniques au niveau de la zone opérée, parfois liées à des atteintes nerveuses (cruralgie, irritation des nerfs ilio-inguinal ou ilio-hypogastrique).
Récupération après opération de la hernie ou éventration
La prise en charge des hernies pariétales a considérablement évolué au fil des années, intégrant des avancées en matière de techniques chirurgicales, de matériaux de prothèse et de stratégies de récupération postopératoire. L’approche individualisée reste essentielle, prenant en compte les spécificités de chaque patient, le type et la taille de la hernie, ainsi que les antécédents personnels.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une opération de hernie ?
L’intervention dure en moyenne 30 à 60 minutes selon le type, la taille de la hernie et la voie d’abord (cœlioscopie ou abord direct). Une hernie inguinale unilatérale par TAPP/TEP prend environ 45 minutes. Une grosse éventration avec Rives-Stoppa peut nécessiter 2 heures.
Faut-il toujours opérer une hernie inguinale ?
Non. Les recommandations actuelles autorisent une surveillance clinique chez l’homme âgé porteur d’une hernie inguinale peu symptomatique. En revanche, la chirurgie est recommandée en cas de hernie symptomatique (gêne, douleur), de hernie crurale (risque de strangulation élevé), de hernie incarcérée ou irréductible.
Quelle est la différence entre TAPP et TEP ?
Ce sont deux techniques de cure de hernie inguinale par cœlioscopie. La TAPP (Trans-Abdominale PréPéritonéale) entre dans la cavité abdominale puis pose la prothèse en arrière du péritoine. La TEP (Totalement ExtraPéritonéale) reste en avant du péritoine sans entrer dans l’abdomen. Les résultats à long terme sont équivalents ; le choix dépend de l’anatomie du patient et des habitudes du chirurgien.
La prothèse en treillis présente-t-elle un risque ?
Les prothèses utilisées en chirurgie de hernie ont un excellent recul clinique (plus de 30 ans de données). Le risque d’infection est très faible (< 1 %). Les douleurs chroniques pariétales concernent une minorité de patients (5 à 10 %) et sont le plus souvent transitoires. Le matériau est inerte, non résorbable, et bien toléré au long cours.
Combien de temps d’arrêt de travail après une cure de hernie ?
L’arrêt de travail varie selon la profession : 1 à 2 semaines pour un travail sédentaire, 3 à 4 semaines pour un travail physique modéré, jusqu’à 6 semaines pour des métiers nécessitant le port de charges lourdes. Le sport intense est à éviter pendant 4 à 6 semaines pour permettre la bonne intégration de la prothèse.
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Sources : Haute Autorité de Santé (HAS), Fédération de Chirurgie Viscérale et Digestive (FCVD), European Hernia Society (EHS). Page mise à jour le 8 mai 2026.
